Ovis

Au mois de mai je vous parlais de la pellicule Lomochrome Purple utilisée lors de randonnées, en y introduisant une trouvaille : celle d’une décharge sauvage pleine d’ossements de moutons dans l’arrière-pays héraultais. J’en ai ramené une partie à la maison, que j’ai nettoyée et je voulais vous en parler un peu aujourd’hui.


Canon AE-1 Program + film Lomography Lomochrome Purple XR 100-400

La grande majorité des ossements sont des morceaux de crâne et des mandibules quasi complètes de moutons, pour la plupart adultes voire plutôt âgés. Ces animaux ont été consommés puis jetés n’importe comment. Ce lot est intéressant car il y a beaucoup de séries de dents, et qui dit plein de dents, dit probablement des anomalies ou pathologies dentaires (car c’est très courant chez les mammifères) et c’est principalement de cela dont je vais parler.


Voici une partie des crânes, qui sont tous coupés en deux dans le plan sagittal. Toutes les têtes ont été coupées en plein milieu, ce qui est une technique bouchère assez classique pour récupérer la cervelle. C’est d’ailleurs la seule preuve de consommation que j’ai car je n’ai pas trouvé d’autres traces de découpe sur le reste du lot.


Une partie des mandibules.


Les quelques tibias que j’ai trouvé dans le tas.


Deux fémurs, un humérus, deux ulnas/radius et un coxal.


Quelques tarses, une première vertèbre cervicale (qui appartenait à un vieux mouton d’après son aspect) et des dents.


Au milieu j’ai trouvé cette mandibule de suidé (avec une de ses canines de mâle, fendue en deux).


Voici un maxillaire (donc avec la partie haute de la dentition) de mouton adulte, avec une dentition classique : ni incisive, ni canine, trois prémolaire (P2 à P4) et trois molaires (M1 à M3). C’est différent de la dentition du sanglier dont j’ai déjà parlé dans ce post. Le mammifère dont descend le mouton avait à l’origine quatre prémolaires et la première a disparu au cours de l’évolution, pour aboutir chez les mouton au fait que la P2 soit la première prémolaire de la rangée.


Voilà maintenant un cas assez rare de polydontie (j’ai trouvé très peu d’exemple dans la littérature scientifique), c’est à dire qu’il y a une dent supplémentaire, ici une quatrième molaire. Comme il manque les prémolaires, j’avais d’abord un doute, mais entre la forme de chaque dent et leur emplacement, je suis certaine que c’est une M4 (voir photo ci-dessous).


Comparaison avec le premier maxillaire. La troisième molaire n’a toutefois pas tout à fait la même forme, et je pense que c’est parce que la quatrième prend en partie sa place.


Elle n’a d’ailleurs pas eu la place de vraiment s’insérer comme les autres. L’os a une structure fragilisée aux abords de ces molaires.


Un autre maxillaire un peu particulier, puisque ici il manque la première molaire et les autres dents ont pris des positions assez anarchiques.


Voici une mandibule (donc avec la partie basse de la dentition cette fois) de mouton adulte, avec une dentition classique : trois incisives (absentes, mais on voit leurs alvéoles à gauche), trois prémolaires (P2 à P4) et trois molaires (M1 à
M3). A noter que l’os a été mordillé en bas à droite.


Un exemple de mandibule avec des pertes de dents (P2, P3 et M1) et un os qui se reconstruit petit à petit (on le voit à cette structure en filaments) pour combler les alvéoles.


Sur ce maxillaire, la reconstruction osseuse est complète au niveau des alvéoles vides des P4 et M1 (pastille violette).


Sur cette mandibule gauche l’usure de l’émail des dents est hétérogène, avec étonnamment, une seconde molaire qui s’est très peu usée. Ce mouton n’avait probablement plus de dent correspondante en haut, ce qui a empêché le frottement entre les deux dents et donc l’usure de cette seconde molaire.


Encore une mandibule sur laquelle il manque les prémolaire et la première molaire. Une partie des alvéoles se sont rebouchées, mais la reconstruction au niveau de l’alvéole de la M1 n’est pas terminée. Sur la photo suivante, on peut même voir un espace sur le côté entre la seconde molaire et l’os, créé par un abcès.


Une mandibule d’immature : les prémolaires de lait (d2, d3 et d4 ; le d est pour décidual, synonyme de dent de lait) ont une forme totalement différent des prémolaires définitives. Elles sont plus impressionnantes que les définitives, car jusqu’à un certain âge, les immatures n’ont que les prémolaires pour mastiquer les végétaux. Adulte, ce sont les molaires qui font le gros du travail.


Je vous ai montré un cas de polydontie sur le maxillaire, et en voici un sur la mandibule cette fois. Il y a encore une fois une molaire supplémentaire (M4), et comme on peut le voir sur la photo suivante, elle n’a pas vraiment eu la place de pousser. Elle se chevauche avec la M3 et l’espace créé sur le côté ressemble fort à un abcès.


Il n’y a pas de concordance entre le maxillaire avec de la M4 et la mandibule dans la même situation. Il y avait donc deux individus avec cette anomalie.


Et pour finir, une mandibule de juvénile, avec les d2, d3, d4 et la quatrième prémolaire définitive qui commence à pousser sous la d4.

A part l’oligodontie (l’inverse de la polydontie – dont j’ai parlé dans cet article sur les sangliers), le tartreet les caries, avec ce lot, j’ai balayé les anomalies les plus communes que l’on peut trouver au niveau des dents des herbivores. Les dents sont au contact quotidiennement avec d’éléments abrasifs et sont un nid à infections. Sans brossage et soins, et avec parfois de mauvaises conditions alimentaires, les abcès, pertes de dents, caries, placements anormaux des dents et usures hétérogènes sont courants. Les cas d’oligodontie et de polydontie ont une origine génétique, mais c’est aussi plus ou moins fréquent chez les mammifères domestiqués. Si je peux vous conseillez un très bon livre sur le sujet, c’est Colyer’s Variations and Diseases of the Teeth of Animals, de Miles et Grigson.

Canis #2

En novembre j’avais écrit un post sur un crâne de chaton trouvé au bord du Lez. Le même jour j’ai également trouvé des os de chien, d’un même individu, dégagé par les crues. Je voulais juste vous montrer quelques photos et sa taille impressionnante. D’après l’état des surfaces des os, cet individu était adulte, et mort à un âge avancé.


Une scapula droite (comme toujours, la main est là pour donner une idée de la taille).


Des sternèbres, les os qui forment le sternum. Celle de gauche a plein de petites excroissances autour de la surface articulaire.


On voit bien la texture irrégulière sur les surfaces de ces os, qui sont en principe lisses sur des individus plus jeunes.


Pour vous donnez une petite idée de sa taille, j’ai mis sa mandibule gauche en haut à droite, accompagnée de celle d’un autre chien (type petit chien de chasse) et de celle d’un renard. J’ai également ajouté les crânes du second chien et du renard. Notre individu devait avoir la taille d’un chien de type berger.
La morphologie des chiens varie énormément d’une race à l’autre, mais mis à part au niveau de la tête, plus quelques spécificités raciales, la morphologie des os reste très commune à ces races.


Avec un chiot de quelques mois.


La même chose avec des ulnas et des scapulas droites.


Pour terminer, le métacarpe III gauche de notre individu, et celui du plus petit chien.

Voilà, c’était juste histoire de vous montrer du chien. Si vous voulez en apprendre plus sur leur anatomie, cet ouvrage est chouette (et très cher) : Miller’s Anatomy of the Dog
, et sinon vous pouvez facilement trouver des articles sur le sujet sur le net. Il y a aussi un chapitre sur l’ostéologie du chien dans ce livre : Comparative Osteology: A Laboratory and Field Guide of Common North American Animals

Deux foetus & des pattes

J’ai teasé sur ce post pendant environ un an, et le voilà enfin. J’ai juste mis du temps à nettoyer des pattes momifiées et à faire les photos. Mais aussi à l’écrire, parce que ça fait un post vraiment long, sur des stades de développements que je ne connais pas forcément très bien ; donc il y a probablement bien plus à dire sur le sujet que ce que je fais là. C’est surtout un post d’observation au final. Mine de rien j’y aurai passé du temps, et j’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à l’écrire.

Une après-midi pendant une balade, j’ai aperçu des couvertures sur le coin d’un champ de blé. Elles étaient toutes fermées par une ficelle. J’ai trouvé cela intriguant et je les ai ouvertes. Bonne pioche : j’y ai trouvé un oiseau marin décapité avec les pattes attachées, des pattes de chèvre découpées et deux fœtus de la même espèce.


Sur ces trois photos on peut voir tour à tour l’oiseau, les fœtus (avec os, tissus mous décomposés et paille moisie mélangés), puis une patte. Ces photos là ont été prises avec un Zenit 11 et un film Fujicolor C100 périmé.


Après le nettoyage. J’ai lavé les os délicatement à l’eau chaude et au liquide vaisselle, et les ai ensuite plongés dans un bain d’eau oxygénée pendant 24h. Les os ne se sont pas éclaircis, je pense que cela est dû à la très importante porosité des os. Sur la droite on peut voir des os du crâne.


L’avantage d’avoir des individus de cet âge (ce qui est plutôt rare pour moi) est qu’il y a plein de choses à voir au niveau du développement osseux. Comme le squelette est en cours de développement, beaucoup d’os soudés à la naissance ou à l’âge adulte ne le sont pas à ce stade là. Chaque os du crâne est par exemple désolidarisé et cela demande un certain travail de reconstitution, pas forcément nécessaire, mais j’aime bien reconstituer les crânes ^__^. (Par contre je vous déconseille fortement cette colle Carrefour, elle ne colle pas grand chose, je préfère nettement la Scotch Gel Glue).


Les deux fœtus semblent être au même stade de développement prénatal (avec l’un plus grand et plus poreux que l’autre). J’ai différentes idées sur la situation : il pourrait s’agir de jumeaux, avec une grossesse qui n’est pas arrivée à terme ( les grossesses gémellaires tournent régulièrement mal chez les moyens/grands herbivores) ou sans problème au niveau de la grossesse mais avec éleveurs qui ont décidé de consommer la mère (mais au niveau de la gestion d’un élevage, cela n’aurait pas de sens). Peut-être que ces fœtus ne proviennent pas de la même mère.


Le moins poreux des deux, dont j’ai réussi à assembler à peu près le crâne.


Tous les os ne sont pas présents sur cette photo, comme les phalanges, que je n’ai pas réussi à différencier, ou les vertèbres, qui sont chacune en plusieurs morceaux.


Là on voit bien que les coxaux sont chacun en (au moins) deux morceaux, ainsi que le sacrum (la partie de la colonne vertébrale qui s’articule avec le coxal, pour faire la jonction avec les membres postérieurs).


J’aurai dû penser à faire une photo du crâne éclaté avant de le coller.


Concernant le crâne de droite, il manque des os au niveau facial, mais j’ai mal aussi mal collé le maxillaire gauche (impossible à décoller sans l’abimer).


En dessous on peut voir qu’il manque pas mal d’os à ces crânes, mais aussi que les dents déciduales (de lait) commencent à peine à émerger.


Les os que je n’ai pas pu attribuer à l’un ou l’autre des individus, et qui font donc défaut sur les photos des squelettes étalés.

chevre31.jpg
Je pense qu’il s’agit de fœtus, car le squelette est en place, mais différents os soudés à la naissance ne le sont pas encore sur ces individus. Il y a par exemple les métapodes (les os entre phalanges et carpes/tarses), qui sont ici au nombre de deux par pattes et ne sont pas encore soudés entre eux (je les ai par contre collé par paire, mais ils seront plus visibles sur une autre photo plus bas – en vert sur la photo). Je ne pense pas qu’un nouveau-né serait capable de tenir debout sans ces os soudés. L’écaille de l’os occipital (en violet – à vrai dire, je ne l’ai pas du tout retrouvée, ni pour l’un ni pour l’autre) n’est pas encore soudée aux os pariétaux (en bleu). En tout cas les spécimens néonataux vendus sur le site Skulls Unlimited semblent beaucoup plus matures/âgés.


Voici les pattes trouvées avec les fœtus : à gauche c’est un métatarse gauche d’une jeune chèvre (moins de deux ans), et ensuite il s’agit de trois extrémités de pattes d’une adulte : patte antérieure gauche, droite, puis postérieure droite. Elles ont toutes été coupées par l’homme, au niveau des os du poignet ou de la cheville (les petits os en haut de chaque patte, qu’on appelle carpes et tarses).


On voit nettement les traces de découpe sur les talus. C’est très classique : quand on consomme ces animaux, le bas des pattes est éliminé tout de suite au niveau des poignets/chevilles car c’est une partie qui n’a rien de consommable. J’imagine que c’est pour cela que l’on trouve autant d’objets dans les vides-greniers façonnés avec des pattes de chevreuil (wink wink Émeline) : il n’y a rien à manger dessus donc autant en faire quelque chose pour ne pas gaspiller. C’est également pour cette raison que beaucoup d’outils préhistoriques ont été façonnés dans des métapodes d’herbivores.


Les deux chèvres dont proviennent ces pattes ont donc probablement été consommées. Il est possible que l’adulte avec les trois pattes coupées soient la mère d’un ou des fœtus (mais encore une fois, c’est juste une hypothèse, il n’y a peut être aucun lien entre ces individus autre que leur éleveur). En tout cas, s’il s’agit de la mère, il y a une certaine logique avec les découpes et les parties retrouvées : l’éleveur a dû retirer peau, organes, fœtus et bas des pattes, et tout jeter pour garder la partie de la carcasse contenant la viande (et éventuellement faire une découpe plus précise plus tard pour séparer les morceaux).

Sur les photos suivantes vont être comparés des os des fœtus avec des os de ces deux chèvres (majoritairement l’adulte).


Ici il s’agit des métatarses (dans l’ordre, adulte, juvénile, puis fœtus ; droit pour l’adulte et le fœtus ; et gauche pour le juvénile). Cet os correspond en fait à deux métatarses soudés (j’en ai déjà parlé dans un post précédant), les III et IV. Durant le stade fœtal, les deux os ne sont pas encore soudés et sont totalement indépendants l’un de l’autre. A l’âge adulte, ils sont soudés, et si l’on coupe cet os horizontalement, on voit bien deux chambres séparées l’une de l’autre par un septum, vestiges de cette séparation. Chez l’homme par exemple ces os n’ont pas fusionnés, et sont au nombre de cinq par pied. Cette fusion chez les Cetartiodactyla résulte d’une évolution de leur morphologie, adaptée à la façon de se déplacer. Il manque l’extrémité distale chez le juvénile (les poulies qui s’articulent avec les phalanges), et les deux chez le fœtus. Même sans les poulies, on voit que le bas de l’os chez le fœtus est assez informe par rapport au juvénile.


A gauche, comparaison de deux métacarpes gauches (adulte + fœtus), et de phalanges I, II puis III (de haut en bas).


Les phalanges I. Sur celles des fœtus, les extrémités distales sont présentes mais pas les proximales, qui devaient être encore sous forme de cartilage (?).


Idem sur ces phalanges II.


Sur ces phalanges III, l’extrémité proximale n’est pas non plus présente.


Comparaison des vertèbres, avec des vertèbres lombaires (celles du bas du dos) adultes de Caprinae d’espèce inconnue (chèvre ou mouton). J’ai organisé les vertèbres des fœtus en trois groupes : à gauche les processus épineux (la partie haute) des vertèbres thoraciques (celles au niveau de la cage thoracique) ; au milieu les corps vertébraux, où se situent les surfaces articulaires pour assembler les vertèbres entre elles (donc la partie basse) ; et à droite les processus transverses (les parties latérales).
A ce stade fœtal, les vertèbres sont encore en trois parties non-soudées (ou quatre dans le cas des vertèbres thoraciques, avec le processus épineux).


Les corps vertébraux.


Comparaison de l’ulna et du radius, avec ceux d’un Caprinae adulte d’espèce inconnue (chèvre ou mouton). Ce sont les os de la partie distale des pattes antérieures, qui se soudent entre eux à l’âge adulte chez les Caprinae. Chez ceux du fœtus, il manque les extrémités des deux os, qui sont en plus loin d’être soudés entre eux.


J’ai quand même pu récupérer une partie des os hyoïdes (mon doigts sert vaguement d’échelle).


Comparaison entre un calcanéum (os de la cheville) de chèvre adulte et un de fœtus.


Comparaison de mandibule gauche, avec celle d’un Caprinae adulte d’espèce inconnue (chèvre ou mouton). Il n’y a pas encore de diastème chez le fœtus (espace de la mandibule entre les prémolaires et les dents labiales). Chez le fœtus, les dents déciduales ne sont pas encore sorties et l’extrémité au niveau des incisives est assez informe.


Quelques incisives déciduales des fœtus, avec la racine ouverte (ce qui permet au sang de circuler pour qu’elles se développent).


Comparaison de la première vertèbre cervicale (l’atlas), puis du sacrum, entre une jeune chèvre (d’une espèce sauvage, mais ça reste très similaire) et le fœtus. Pour le fœtus, je n’ai qu’une partie de ces os à chaque fois.


Comparaison de l’os coxal droit, puis des sternèbres (les os du sternum), entre une
jeune chèvre (d’une espèce sauvage) et le
fœtus. Le coxal est en fait composé de trois os : l’ilium, l’ischium et le pubis, qui se soudent entre eux au niveau de l’acétabulum (surface articulaire dans laquelle s’insère la tête fémorale). On a les deux premiers pour ce coxal droit de fœtus mais il manque le pubis.


Une photo de famille avec différentes variétés/espèces de chèvre, avec de gauche à droite, une chèvre juvénile sauvage, une seconde chèvre juvénile sauvage (mais plus jeune), une chèvre domestique adulte (vieille) de variété naine, et un des fœtus de chèvre domestique. J’aurai adoré avoir un crâne de chèvre adulte domestique non naine et un crâne de mouton à vous montrer avec eux, mais ce sera pour une prochaine fois.


Le crâne de chèvre sauvage juvénile avec le premier foetus. La forme, même à ce niveau de développement fœtal, est quand même très caractéristique.


Et pour finir, une photo backstage, parce que je voulais vous montrer ce que ça donne quand je fais des photos pour les posts ostéo :).

Cervidae

Aujourd’hui, parlons des Cervidae (enfin), famille de mammifères ruminants à bois plus ou moins grands, dont le renne fait partie.

Les Cervidae font partie de l’ordre des Cetartiodactyla. On peut encore voir ordre des Artiodactyla sur Wikipedia mais ce taxon est aujourd’hui désuet : comme il est maintenant prouvé à partir d’analyses génétiques que les Cetacea (mammifères marins autres que les Pinnipèdes) sont plus proches des Hippopotamidae (les hippopotames) – qui sont des Artiodactyla – que n’importe quel autre taxon, on parle donc de Cetartiodactyla pour y englober les Cetacea (je me rends compte que je parlais d‘Artiodactyla dans mes posts sur le bœuf et la chèvre naine l’été dernier, j’ai honte). Dans l’édition de 2001 de la Classification phylogénétique du vivant
de Lecointre et Le Guyader, on parle bien de Cetartiodactyla (avec Ruminantia, Tylopoda, Suiformes, Hippopothamidae et Cetacea). Artiodactyla est donc un taxon paraphylétique (groupe qui comprend un ancêtre commun mais pas tous ces descendants).

Pour rappel, un taxon est une unité de la classification des espèces vivantes, comme un ordre, une famille, etc. Les arbres phylogénétiques permettent de classifier le monde du vivant et je vais vous montrer des arbres qui respectent le système des clades. Un clade est un taxon monophylétique, c’est-à-dire que les espèces qu’il rassemble descendent d’un même ancêtre commun (une espèce dont ils ont évolué) qui leur est propre. Les nœuds et la construction de l’arbre indiquent alors les degrés de parenté entre chaque clade, c’est-à-dire leurs relations de « cousinage ». Cela permet de classer les espèces vivantes. On peut faire apparaître les informations que l’on souhaite dans un arbre phylogénétique : on peut détailler chaque clade jusqu’aux espèces, s’arrêter aux familles comme ici, ou aux genres, etc.

Il existe d’autres systèmes et certains permettent de prendre en compte les taxons polyphylétiques. Ceux-ci sont des taxons qui regroupent des espèces dont leurs ressemblances sont dues à une convergence évolutive et non à un héritage provenant d’un ancêtre commun. Par exemple tous les mammifères marins forment un taxon polyphylétique puisqu’ils ont convergé vers l’adaptation au milieu marin, mais n’ont pas tous le même ancêtre commun (les baleines sont très éloignés des otaries par exemple) et n’ont donc pas tous évolués de la même façon pour avoir cette caractéristique.

Et donc tout ça pour dire que j’utilise le système des clades (la cladistique) car il permet de mettre en avant l’évolution des espèces et des différents taxons.


Arbre phylogénétique des Cetartiodactyla © Brent Huffman, www.ultimateungulate.com

Ci-dessus, vous pouvez voir un arbre phylogénétique de l’ordre des Cetartiodactyla. Il montre aussi à droite, le sous-ordre des Ruminantia, et c’est justement dans ce sous-ordre que sont classés les Cervidae.

Chaque clade a des caractères dérivés propres (je pense que le nom est assez explicite). Toujours d’après Lecointre et Le Guyader, pour les Cetarciodactyla, il s’agit par exemple d’un nombre de doigts pair sur les pattes. Le corps repose donc sur les doigts III et IV, puisque leurs ancêtres ont perdu les I, II et V au cours de l’évolution. Pour ce caractère, on les oppose à l’ordre des Perissodactyla (comme les Rhinocerotidae ou les Equidae) qui ont un nombre impair de doigts. Les Cetartiodactyla ont d’autres caractères dérivés propres, comme le talus avec une double poulie ou certaines particularités génétiques.

Au niveau des Ruminantia, il y a par exemple le fait que l’estomac comporte quatre poches (l’humain n’en a qu’une), pour pouvoir ruminer. Dans les Ruminantia, les Cervidae font partie de l’infra-ordre des Pecora, dont le caractère principal est la présence d’excroissances sur le crâne (parfois chez un seul sexe, parfois chez les deux). Cet infra-ordre comprend également les Antilocapridae, les Bovidae (qui portent des cornes avec une enveloppe de kératine) les Giraffoidea (qui portent des ossicônes) et les Moschidae (qui portent des canines transformées en défenses). Les Tragulina (chevrotains), sont l’autre infra-ordre des Ruminantia, avec une famille unique, les Tragulidae, qui n’ont donc pas d’excroissances sur le crâne (ça devient compliqué, mais je vous laisse vous référer à la figure ci-dessus).


Arbre phylogénétique des Cervidae © Brent Huffman, www.ultimateungulate.com

Ci-dessus, vous pouvez voir un arbre phylogénétique de la famille des Cervidae, qui se limite aux trois sous-familles. Leur caractère dérivé propre est la présence de bois, organes osseux que les mâles portent sur le crâne et qui tombent chaque année, à l’exception de l’hydropote (Hydropotes inermis), qui n’en a pas (caractère que ses ancêtres plus proches ont dû perdre au cours de l’évolution). Une quarantaine d’espèces font partie de cette famille. Les trois sous-familles, comme la figure l’indique sont les Capreolinae, les Cervinae et les Hydropotinae.


Différents bois de Chevreuil européen (Capreolus capreolus).

Chaque année les bois poussent sur le crâne, un peu plus grands à chaque fois. Sa croissance est stimulée par la production de testostérone et rendue possible grâce au velours. Le velours est une mince couche de peau couverte de poils très doux et très irriguée, qui permet de nourrir le bois durant sa croissance. Lorsque les bois atteignent leur taille définitive, le velours tombe, sanguinolent, pour révéler l’os des bois, alors mort puisque plus qu’il n’est plus irrigué.


Bois en velours de chevreuil européen (Merci Emeline !).

La taille et la bonne formation des bois sont liées à l’âge, l’état de santé et de stress de l’animal et la disponibilité en nourriture. Parfois on peut voir des bois difformes, hypotrophiés, ou monstrueux et hypertrophiés, suite à de grandes périodes de stress ou de détresse de l’animal, ou à des problèmes hormonaux.

Il y a un chapitre très intéressant sur l’évolution, la sélection sexuelle et la fonction des bois dans Evolution de De Panafieu. Vous pouvez aussi trouver des articles de Stephen Jay Gould sur la taille des bois du mégalocéros et la cause de l’extinction de cette espèce.

Pour revenir deux minutes sur les autres Pecora, qui portent des cornes et des ossicônes, je voulais insister rapidement sur les différences entre ces appendices. Les bois sont des organes osseux très denses, qui poussent, meurent et tombent chaque année. Les cornes sont des bases osseuses très poreuses que l’animal porte toute sa vie, que l’on appelle également cheville osseuse et qui sont recouvertes d’une couche de kératine (protéine qui constitue en grande partie les cheveux, poils, ongles). Les ossicônes des Giraffidae sont également des bases osseuses, mais recouvertes en permanences de peau et de poils.


Arbre phylogénétique des Capreolinae © Brent Huffman, www.ultimateungulate.com

Ci-dessus, vous pouvez voir un arbre phylogénétique de la sous-famille des Capreolinae avec toutes ses espèces. Ce clade est caractérisé par la présence de métacarpes II et V vestigiaux (ils sont très réduits, et ne peuvent conserver leur utilité première, ce sont donc des vestiges), présents contre la partie distale des métacarpes III et IV (qui ont d’ailleurs fusionnés en un seul os). Les métacarpes sont les os qui font la jonction entre poignet et doigts, et comme chez les Cervidae ne restent que les III et IV. On a donc deux mini-doigts avec des mini-sabots présents sur la partie basse des métacarpes III et IV, juste au-dessus des doigts.

Voici une patte avant droite de chevreuil européen (Capreolus capreolus – merci Émeline bis). Cette espèce fait partie des Capreolinae car ses métacarpes vestigiaux se situent contre la partie distale des autres métacarpes.


Arbre phylogénétique des Cervinae © Brent Huffman, www.ultimateungulate.com

Ci-dessus, vous pouvez voir un arbre phylogénétique de la sous-famille des Cervinae avec toutes ses espèces. Ce clade est caractérisé par la présence de métacarpes II et V vestigiaux, présents contre la partie proximale cette fois des métacarpes III et IV. On a donc deux mini-doigts avec des mini-sabots présents sur la partie haute des métacarpes III et IV, juste au-dessous du poignet.


Arbre phylogénétique des Hydropotinae © Brent Huffman, www.ultimateungulate.com

La sous-famille des Hydropotinae n’est représentée que par une espèce, l’hydropote (Hydropotes inermis). Comme je l’ai déjà évoquée, sa particularité est de ne pas avoir de bois. J’imagine qu’il s’agit d’un caractère que ses ancêtres plus proches ont dû perdre au cours de l’évolution.

Je vous ai fait un bout d’arbre récapitulatif de l’ordre des Cetartiodactyla jusqu’aux sous-familles de Cervidae, avec les caractères dérivés propres et/ou principales caractéristiques (je ne suis pas sûre que tous soient des caractères dérivés propres, notamment au niveau des sous-familles).

On peut trouver les différentes espèces de Cervidae dans des climats et biotopes très différents. Ces espèces ont une organisation sociale, avec une hiérarchie corrélée à la taille des animaux. Vous pouvez retrouver beaucoup d’informations générales sur cette famille, puis par espèces sur le site animaldiversity (morphologie, répartition, comportement, leur rôle dans leurs écosystèmes, etc).

Voici deux crânes de mâles que j’ai à vous montrer, un de chevreuil européen (Capreolus capreolus) à gauche (merci Nicolas), malheureusement partiel, et un d’hydropote (Hydropotes inermis) justement.

Le chevreuil européen est un Cervidae de taille moyenne (65-75 cm de hauteur au garrot, 16-32 kg) qui se répartit dans quasiment toute l’Europe. C’est un Cervidae « typique », sans canine supérieur et avec des bois, uniquement chez le mâle. Ceux-ci font jusqu’à 26 cm de long, ils sont petits, rectilignes, avec faible nombre de pointes.

L’hydropote est une petite espèce (45-55 cm au garrot, 9-14 kg) qu’on trouve en Chine, Corée du Sud et du Nord. Il existe également une petite population en Angleterre (le mien vient de là) et une dans le Limousin. Au niveau du crâne, ses particularités sont qu’il n’a pas de bois (c’est donc la seule espèce de Cervidae sans), il a des canines supérieures, et celles-ci sont transformées en défenses chez les mâles. Elles ont le même rôle que les bois, à savoir qu’il s’agit d’un caractère sexuel secondaire, puisque les mâles se battent et se défendent avec durant la période où ils rentrent en compétition pour la reproduction.

En France, mise à part ces deux espèces, on trouve également le daim européen (Dama dama) qui s’y fait très discret (pour les lyonnais il y a une grande population au Parc de la Tête d’Or), le cerf élaphe (Cervus elaphus) et le cerf sika (Cervus nippon, introduit en petites populations à quelques endroits à la fin du XIXe siècle).

Sur les crânes de Cervidae, on peut voir des adaptions morphologiques liées à leur régime alimentaire herbivore. Ils n’ont pas d’incisives ou canines supérieures et les végétaux sont alors broyés contre leur palais, recouvert d’un tissu très dur. Ils ont un diastème (espace entre les dents labiales – incisives et canines – et jugales – prémolaires et molaires). Leurs prémolaires et molaires sont hypsodontes (à croissance continue, avec une couronne haute) et sélénodontes (les cuspides – ce qui donne le relief à la surface de la couronne – sont en forme de croissant de lune). Leur formule dentaire est 0/3 I 0-1/1 C 3/3 P 3/3 M.

Le rostre est très long, ce qui permet une meilleure attache aux muscles masseter (muscles de la mastication). Leur crâne n’a pas de crête sagittale (celle dont je vous parle tout le temps avec les Carnivora, qui est la fusion des os pariétaux).


Les fines mandibules de l’hydropote avec un long diastème entre dents labiales et jugales.


La défense du mâle hydropote, qui prend racine dans l’os maxillaire.


Le bois de chevreuil.


Bois de chevreuil en velours, et bois mort.


Bois de cerf élaphe (Cervus elaphus).

Le cerf élaphe est le plus grand Cervidae que l’on trouve en France (120-150 cm au garrot, 80-300 kg). C’est une espèce chez qui le dimorphisme sexuel est assez marqué, au niveau de la corpulence, de l’encolure et du pelage (sans parler des bois). Ce bois fait seulement 55 cm (et 724g) et compte cinq pointes, mais les bois de cerf peuvent être beaucoup plus imposants et avoir plus d’une douzaine de pointes.


Bois de daim européen (Dama dama).

Le daim européen est une grande espèce (85-110 cm au garrot, 25-80 kg) dont les bois sont imposants et palmés (avec deux pointes avant la palme). Je ne les ai pas sous la main donc je vous ai mis d’anciennes photos et je n’ai ni la taille (de souvenirs, chaque bois fait entre 70 et 80 cm de long, avec une envergure entre les deux de plus d’un mètre) ni le poids, mais le tout fait plusieurs kilogrammes.


Bois de renne (Rangifer tarandus).

Nous n’en avons pas en France, mais voici un bois de renne (merci les puces !). Il est facilement différenciable du bois de cerf, car il ne part pas de façon rectiligne avec les pointes plutôt vers l’arrière ; mais est plutôt arrondi, beaucoup plus fin, avec des pointes qui poussent en deux bouquets, l’un à l’avant et l’autre à l’arrière. Les bois du mâle peuvent faire 120 cm de long et ceux de la femelle 50 cm. Et oui, le renne est la seule espèce de Cervidae dont la femelle est également pourvue de bois. Les miens sont petits (37cm) et ont une forme assez anarchique.

Le renne est une grande espèce (105-120 cm au garrot, 40-150 kg) qu’on retrouve en Russie, Scandinavie et au nord de l’Amérique du Nord (et en Écosse sous sa forme domestiquée). C’est une espèce domestiquée depuis environ 5000 ans, dont les troupeaux domestiques sont une importante ressource (viande, os, peau, graisse, transport, etc) pour les humains vivants dans les régions les plus froides du monde. Il possède des sabots très imposants, en forme de croissant de lune, adaptés au déplacement dans la neige et la boue (et qui lui permettent aussi de gratter pour trouver sa nourriture). Il a des poils longs et creux qui ne le gênent pas durant la natation, et sa queue est très courte (aucune raison de perdre de l’énergie à irriguer une longue queue à l’utilité réduite quand il fait aussi froid).

Il existe plein d’autres espèces de Cervidae, certaines avec des particularités étonnantes, comme l’élan (Alces alces) qui a les bois les plus imposants ; le muntjac de Reeve (Muntiacus reevesi), petit Cervidae d’Asie du Sud-Est avec de petits bois et de grandes canines ; le pudu (Pudu puda), d’Argentine et du Chili avec de minuscules bois réduits à l’état de vestige, qui fait la taille d’un lièvre, …

Je voulais rapidement reparler des Moschidae, famille que j’ai mentionné en parlant des Ruminantia et des Pecora. C’est le clade le plus proche des Cervidae, et il était auparavant considéré comme une sous-famille de ces derniers. Ce sont les cerfs porte-musc, et dont les ancêtres n’ont jamais vu apparaitre le caractère des bois, ils sont donc plus « primitifs » que les Cervidae. Ils ont par contre une vésicule biliaire (caractère que les Cervidae ont perdu), des canines transformées en défenses et des glandes abdominales sécrétant du musc chez les mâles. Au niveau du crâne, ils ressemblent donc beaucoup à l’hydropote, même s’il a tout de même quelques différences (le crâne de l’hydropote a des os frontaux plus concaves, des incisifs de forme différente, etc).

Sources :

Classification phylogénétique du vivant, de Lecointre et Le Guyader
Evolution, de De Panafieu
Guide des mammifères d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, ed. Delachaux et Niestlé
Animal Skulls: A Guide to North American Species, de Elbroch
http://animaldiversity.org/accounts/Cervidae/
http://tolweb.org
http://animaldiversity.org/collections/mammal_anatomy/horns_and_antlers/
http://www.lejdc.fr/nievre/actualite/2014/04/13/le-cerf-aux-bois-de-velours_1964519.html
http://www.ultimateungulate.com/
http://bioweb.uwlax.edu/bio203/s2009/nelson_lau4/index.htm

Meles meles

Il y a un an et demi, Woden m’a apporté un blaireau fraichement mort après une collision avec une voiture, dans les Alpes. J’ai mis du temps à vous le montrer, car j’en ai beaucoup mis à le nettoyer. Je l’ai laissé plus d’un an dans de la terre sans y toucher (à part un rapide dépeçage), chose que j’ai regretté lorsque j’ai débuté le nettoyage. D’ailleurs n’ayant toujours ni place/jardin/tuyau d’arrosage/tamis, j’ai perdu de petits os durant le processus (carpes, tarses, phalanges et vertèbres caudales). Je ne vais pas parler des méthodes de nettoyage employées sur ce spécimen, car j’ai fait trop de choses que je déconseille ;). D’ailleurs c’est la terre qui a donné cette coloration tirant sur jaune/marron aux os.


Deux photos prises juste après sa mort. Ça m’a vraiment touchée lorsque je l’ai vu. C’était la première fois que je voyais un blaireau en chair et je lui ai trouvé une certaine majesté. (Zenit 11 + film Kodak Gold 200 périmé)

Le blaireau européen (Meles meles) est un mustélidé réparti sur une grande majorité du territoire européen. C’est une espèce assez massive, nocturne, fouisseuse et omnivore opportuniste (?) ; au pelage gris avec des bandes noires et blanches sur le dessus de la tête. C’est un animal qui a une faible espérance de vie en milieu naturel, dont la majorité des individus décède dans leurs premières années (chasse, accidents de la route, maladies, malnutrition, …).

Contrairement à la majorité des espères de l’ordre Carnivora, qui sont digitigrades (seules les phalanges touchent le sol durant la locomotion), il est plantigrade (toute la patte, incluant les métapodes, touche le sol). C’est également le cas dans cet ordre, de quelques mustélidés, les ursidés et les procyonidés (j’en oublie peut-être ?). Vous pouvez retrouver plus d’informations avec de belles illustrations sur le blog de Biomedical Ephemera.

C’est un Carnivora finalement assez méconnu en France, puisqu’il est surtout considéré comme nuisible par les chasseurs et agriculteurs. Le comportement social de cet animal n’est pas très connu, mais de ce que j’en ai lu, c’est assez passionnant, avec une organisation en clan, tout en étant un animal plutôt solitaire. Si le sujet vous intéresse, je connais ce site, qui en parle plus en détails. J’aime également la façon dont Robert Hainard parle de cette espèces (ok, et de toutes les autres aussi) dans son ouvrage Mammifères Sauvages d’Europe.


La partie recollage.


Leur formule dentaire est 3/3 I 1/1 C 3/4 P 1/2 M, d’après l’ouvrage Guide des mammifères d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, de l’éditeur Delachaux et Niestlé. La formule dentaire donnée ne montre que trois prémolaires supérieures (les II, III et IV), en précisant qu’une première prémolaire est vestigiale, et parfois présente. Elles sont présentes sur les deux crânes que j’ai ici (mais certes, elles sont vraiment minuscules).


Les premières molaires inférieures ont un nombre de racines assez incroyable par rapport aux autres molaires de Carnivora que j’ai pu voir passer. Ce sont les molaires les plus imposantes au niveau inférieur, comme chez les autres Caniformes.


Ce n’est pas encore le cas sur cet individu, mais c’est une espèce chez qui la mandibule devient solidaire avec le crâne au niveau de l’articulation à l’âge adulte. C’est-à-dire que la fosse mandibulaire du crâne se referme autour du condyle de la mandibule, qui ne peut alors plus se disloquer. C’est également le cas chez les loutres.


Il s’agit d’une jeune femelle, qui avait déjà un gabarit adulte, mais dont les os ne sont pas soudés. La crête sagittale (sur l’arrière du crâne) est toute naissante, et on voit très bien qu’il s’agit des deux os pariétaux qui fusionnent ensemble. Cette crête s’accroit avec l’âge et particulièrement chez les mâles (cas typique de dimorphisme sexuel chez un grand nombre d’espèces de Carnivora).


Les os sont encore jeunes, très poreux.


La taille des étuis cornés des griffes, par rapport à celle de la troisième phalange est vraiment impressionnante.


Quelques os présentent des malformations, comme cette quinzième paire de côtes (chat et chien n’ont que 13 paires de côtes, la fouine, 14). Les extrémités articulaires sont très abimées.


Ces deux vertèbres caudales ont également un aspect très particulier, celle de gauche n’a même plus vraiment de corps vertébral, donc les vestiges compressent le foramen vertébral (orifice où passe la moelle spinale). Je ne sais pas si cela est dû à un problème durant le développement ou à un accident durant l’accouchement ou le très jeune âge de l’animal. En effet, les vertèbres de la queue se brisent très fréquemment chez les jeunes Carnivora (je pense que vous avez tous déjà vu un chat avec la queue tordue).


A gauche, on peut voir les métatarses 3 et 2 gauche ; et à droite, les mêmes de la patte arrière droite, disposés en miroir. Le 3 est brisé (il est possible qu’il y ait eu une extrémité distale et que je l’ai perdue durant le nettoyage) et des formations osseuses anarchiques sont visibles à la surface des deux métatarses. Peut-être une cassure qui s’est mal réparée ?


Une comparaison rapide avec un chat domestique (Felis catus) adulte. A gauche, on peut voir les étuis cornés (chat puis blaireau), qui sont très différents en termes de taille et courbure. A droite ce sont des humérus gauche (chat puis blaireau). Le blaireau est un animal de taille assez similaire que le chat mais plus trapu. Son humérus n’est pas plus grand que celui d’un chat, mais plus massif, avec des surfaces qui permettent l’insertion de plus de muscles, plus puissants.

Le blaireau est un animal fouisseur, qui creuse des galeries souterraines, il a donc besoin de pattes (et notamment celles antérieures) très puissantes, qui vont lui permettre de creuser. Il a de longues griffes épaisses non rétractables qui lui servent de pelle, et des membres pas très grands, mais trapus et très musclés qui lui permettent d’accomplir cette tâche sans se fatiguer.

Le chat est un prédateur, il a besoin de long membres fins pour courir facilement et rapidement (ce qui serait difficile avec un corps trapu et lourd) et de griffes courtes, acérées et très courbées pour attraper ses proies d’un coup de patte.


Une photo de groupe avec un crâne de blaireau américain (Taxidea taxus) à gauche, un crâne de blaireau européen mâle et adulte, puis celui de la jeune femelle.

Ces espèces sont deux puissants Carnivora, avec des mâchoires qui restent impressionnantes, mais le blaireau américain reste plus petit que son homologue européen. Chez celui-ci, c’est la crête sagittale qui est bien développée, tandis que chez l’américain, il s’agit de la crête occipitale.


Le mois dernier je suis tombée sur cette taxidermie en faisant les puces. Elle a des taches de rouilles sur le museau et un affreux support en mousse dure très encombrant que j’ai enlevé, mais devant la rareté de la chose, je ne pouvais pas passer à côté. En tout cas ce spécimen était plus robuste que la jeune femelle.


Les dents ont été conservées, peut-être même le crâne.


On peut voir ici les longues griffes non rétractables et les coussinets très charnus.


Leur queue est assez courte mais je ne sais pas combien de caudales le blaireau a en moyenne.

A force de vous parler de Carnivora, entre les chats, les chiens, les renards, les fouines et autres, j’ai l’impression de toujours radoter les mêmes choses et j’ai peu de nouvelles informations à vous donner. Ça me donne un peu l’impression que ces posts s’appauvrissent et que vous allez le trouver moins intéressants. Quoi qu’il en soit, les deux prochains posts ostéo seront sur des espèces très différentes. J’espère que cet article vous aura tout de même plu.