Ovis

Au mois de mai je vous parlais de la pellicule Lomochrome Purple utilisée lors de randonnées, en y introduisant une trouvaille : celle d’une décharge sauvage pleine d’ossements de moutons dans l’arrière-pays héraultais. J’en ai ramené une partie à la maison, que j’ai nettoyée et je voulais vous en parler un peu aujourd’hui.


Canon AE-1 Program + film Lomography Lomochrome Purple XR 100-400

La grande majorité des ossements sont des morceaux de crâne et des mandibules quasi complètes de moutons, pour la plupart adultes voire plutôt âgés. Ces animaux ont été consommés puis jetés n’importe comment. Ce lot est intéressant car il y a beaucoup de séries de dents, et qui dit plein de dents, dit probablement des anomalies ou pathologies dentaires (car c’est très courant chez les mammifères) et c’est principalement de cela dont je vais parler.


Voici une partie des crânes, qui sont tous coupés en deux dans le plan sagittal. Toutes les têtes ont été coupées en plein milieu, ce qui est une technique bouchère assez classique pour récupérer la cervelle. C’est d’ailleurs la seule preuve de consommation que j’ai car je n’ai pas trouvé d’autres traces de découpe sur le reste du lot.


Une partie des mandibules.


Les quelques tibias que j’ai trouvé dans le tas.


Deux fémurs, un humérus, deux ulnas/radius et un coxal.


Quelques tarses, une première vertèbre cervicale (qui appartenait à un vieux mouton d’après son aspect) et des dents.


Au milieu j’ai trouvé cette mandibule de suidé (avec une de ses canines de mâle, fendue en deux).


Voici un maxillaire (donc avec la partie haute de la dentition) de mouton adulte, avec une dentition classique : ni incisive, ni canine, trois prémolaire (P2 à P4) et trois molaires (M1 à M3). C’est différent de la dentition du sanglier dont j’ai déjà parlé dans ce post. Le mammifère dont descend le mouton avait à l’origine quatre prémolaires et la première a disparu au cours de l’évolution, pour aboutir chez les mouton au fait que la P2 soit la première prémolaire de la rangée.


Voilà maintenant un cas assez rare de polydontie (j’ai trouvé très peu d’exemple dans la littérature scientifique), c’est à dire qu’il y a une dent supplémentaire, ici une quatrième molaire. Comme il manque les prémolaires, j’avais d’abord un doute, mais entre la forme de chaque dent et leur emplacement, je suis certaine que c’est une M4 (voir photo ci-dessous).


Comparaison avec le premier maxillaire. La troisième molaire n’a toutefois pas tout à fait la même forme, et je pense que c’est parce que la quatrième prend en partie sa place.


Elle n’a d’ailleurs pas eu la place de vraiment s’insérer comme les autres. L’os a une structure fragilisée aux abords de ces molaires.


Un autre maxillaire un peu particulier, puisque ici il manque la première molaire et les autres dents ont pris des positions assez anarchiques.


Voici une mandibule (donc avec la partie basse de la dentition cette fois) de mouton adulte, avec une dentition classique : trois incisives (absentes, mais on voit leurs alvéoles à gauche), trois prémolaires (P2 à P4) et trois molaires (M1 à
M3). A noter que l’os a été mordillé en bas à droite.


Un exemple de mandibule avec des pertes de dents (P2, P3 et M1) et un os qui se reconstruit petit à petit (on le voit à cette structure en filaments) pour combler les alvéoles.


Sur ce maxillaire, la reconstruction osseuse est complète au niveau des alvéoles vides des P4 et M1 (pastille violette).


Sur cette mandibule gauche l’usure de l’émail des dents est hétérogène, avec étonnamment, une seconde molaire qui s’est très peu usée. Ce mouton n’avait probablement plus de dent correspondante en haut, ce qui a empêché le frottement entre les deux dents et donc l’usure de cette seconde molaire.


Encore une mandibule sur laquelle il manque les prémolaire et la première molaire. Une partie des alvéoles se sont rebouchées, mais la reconstruction au niveau de l’alvéole de la M1 n’est pas terminée. Sur la photo suivante, on peut même voir un espace sur le côté entre la seconde molaire et l’os, créé par un abcès.


Une mandibule d’immature : les prémolaires de lait (d2, d3 et d4 ; le d est pour décidual, synonyme de dent de lait) ont une forme totalement différent des prémolaires définitives. Elles sont plus impressionnantes que les définitives, car jusqu’à un certain âge, les immatures n’ont que les prémolaires pour mastiquer les végétaux. Adulte, ce sont les molaires qui font le gros du travail.


Je vous ai montré un cas de polydontie sur le maxillaire, et en voici un sur la mandibule cette fois. Il y a encore une fois une molaire supplémentaire (M4), et comme on peut le voir sur la photo suivante, elle n’a pas vraiment eu la place de pousser. Elle se chevauche avec la M3 et l’espace créé sur le côté ressemble fort à un abcès.


Il n’y a pas de concordance entre le maxillaire avec de la M4 et la mandibule dans la même situation. Il y avait donc deux individus avec cette anomalie.


Et pour finir, une mandibule de juvénile, avec les d2, d3, d4 et la quatrième prémolaire définitive qui commence à pousser sous la d4.

A part l’oligodontie (l’inverse de la polydontie – dont j’ai parlé dans cet article sur les sangliers), le tartreet les caries, avec ce lot, j’ai balayé les anomalies les plus communes que l’on peut trouver au niveau des dents des herbivores. Les dents sont au contact quotidiennement avec d’éléments abrasifs et sont un nid à infections. Sans brossage et soins, et avec parfois de mauvaises conditions alimentaires, les abcès, pertes de dents, caries, placements anormaux des dents et usures hétérogènes sont courants. Les cas d’oligodontie et de polydontie ont une origine génétique, mais c’est aussi plus ou moins fréquent chez les mammifères domestiqués. Si je peux vous conseillez un très bon livre sur le sujet, c’est Colyer’s Variations and Diseases of the Teeth of Animals, de Miles et Grigson.

5 réponses sur “Ovis”

  1. bonjour Madame
    merci pour votre reportage
    j’aurai une petite question ; je cherche des “planches” ou livres qui m’aiderai à voir la position des différents os (surtout des pattes) en ce qui concerne les petits mammifères….
    si vous avez un titre à me recommander merci
    merci pour votre attention

  2. C’est un très beau référentiel que vous avez là qui mériterait un beau papier dans une revue scientifique!

    Je fais une thèse en archéozoologie et je travaille avec des référentiels actuels que j’ai composé à partir de mandibules de brebis basco-béarnaises et c’est le même constat : énormément de pathologies !

    Si vous voulez vous amuser à aller plus loin vous pouvez essayer de regarder les hypoplasies (déficience de l’émail), Vous pouvez trouver la méthode dans l”article de Upex et al. 2012 “Protocol for recording enamel hypoplasia in modern and archaeological caprine populations”!

    Bonne continuation !

  3. Ju > Il y a beaucoup de référentiels bien plus conséquents et intéressants que celui-là. Oui ça reste très fréquents chez ce genre d’espèces. Merci pour la référence :).

  4. Salut,
    Si je peux me permettre, je pense que sur ta maxillaire où tu dénombres une M4 il y a une erreur.
    C’est une M3. Les prémolaires lactéales supérieures chez les caprinés possèdent deux lobes.
    Bonne continuation

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